Pourquoi j’ai démissionné de l’éducation nationale ?

« Tu as démissionné de l’Éducation nationale ? Mais pourquoi ? »

La réponse est assez simple : j’adorais mes élèves, mais je ne supportais plus l’institution.

Pourtant, rien ne me destinait à devenir professeure.

Avant cela, j’avais travaillé dans la communication, l’événementiel, la radio et les festivals, comme attachée de presse, chargée de communication ou chargée de diffusion. C’étaient de très beaux postes, souvent très bien rémunérés, mais, au fil des années, je ne m’y retrouvais plus.

Je cherchais quelque chose de plus humain, de plus réel, de plus authentique.

Le véritable déclic est arrivé lors d’un voyage en Inde, celui que je raconte dans mon récit MotherIndia.

Là-bas, en observant une jeune prof indienne de mon âge avec ses élèves, j’avais ressenti une évidence : ce métier de coeur pouvait me correspondre ! Au moins un temps…

À cette époque, je savais aussi que je souhaitais devenir maman. L’enseignement offrait un rythme de vie compatible avec ce projet. J’ai donc préparé le CAPES en suivant mon intuition.

Pendant quinze ans, j’ai enseigné dans dix-sept établissements et accompagné près de deux mille élèves.

Je n’ai jamais été une simple professeure de français.

Ce qui me faisait vibrer, c’était la transmission, les échanges, les regards qui s’ouvrent, les jeunes qui découvrent qu’ils sont capables de réfléchir par eux-mêmes, de se connaître, de se faire confiance.

J’adorais mes élèves.

Très vite, certains m’ont même surnommée « la psy ». Ils venaient naturellement me parler de leurs difficultés, de leurs peurs, de leurs parents, de leurs histoires d’amour, de leurs doutes ou de leurs projets. J’aimais profondément ces échanges. J’aimais écouter, poser les bonnes questions, aider chacun à retrouver confiance ou simplement à y voir plus clair.

Avec le recul, je réalise que j’avais déjà une posture de thérapeute, sans la nommer ainsi.

En parallèle, une autre réalité s’imposait peu à peu.

Je réalisais à quel point certains établissements fonctionnaient comme un univers carcéral : les grilles, les mises en rang, les surveillants qui finissent par jouer le rôle de gardiens, les sanctions, toute une organisation tournée davantage vers le maintien de l’ordre que vers l’épanouissement d’êtres humains.

Il y avait aussi des logiques hiérarchiques qui ne me correspondaient plus et certains collègues persuadés d’être brillants alors qu’ils avaient surtout appris à très bien restituer ce qu’on leur avait demandé de mémoriser.

Au fil des années, j’avais réellement le sentiment d’évoluer dans une taule, un univers infernal, où, en prime, je devais supporter des collègues souvent suffisants, orgueilleux, voire stupides. Le pire, pour moi, était d’observer leur sentiment de supériorité alors que, selon moi, ce n’était pas l’intelligence qui les distinguait, mais surtout leur mémoire et un statut leur permettant de dominer, ce que beaucoup faisaient d’ailleurs très bien au vu du degré de frustration ambiant. Heureusement, il y avait aussi de belles exceptions. J’ai croisé quelques enseignants, souvent issus de la génération soixante-huitarde, profondément humanistes, ouverts, cultivés et animés par une véritable passion de la transmission. Ce sont eux qui m’ont montré qu’une autre manière d’enseigner était encore possible.

Ma démission n’a jamais été une fuite, mais plutôt une évolution. Ces quinze années passées dans l’Éducation nationale m’ont énormément apporté. Elles m’ont permis de mieux connaître l’être humain, d’observer les mécanismes relationnels, les blessures, les forces, les fragilités et les stratégies que chacun met en place pour avancer dans la vie. Cette expérience me sert encore aujourd’hui quotidiennement dans mon métier de thérapeute.

Je n’ai donc pas changé de nature en quittant l’Éducation nationale, j’ai simplement continué le même chemin avec davantage de liberté.

J’avais d’ailleurs déjà mes propres projets. Je savais que je voulais construire une activité libérale qui me ressemble davantage, où je pourrais transmettre autrement, écrire, chercher, créer, expérimenter et accompagner des personnes avec une liberté que je n’avais plus.

Aujourd’hui, je réalise que tout est parfaitement cohérent et s’inscrit dans un cheminement alchimique dont je vous parle régulièrement.

La transmission, l’écoute, l’écriture, la recherche, puis la naturopathie, l’énergétique, la musique, la création de mes propres protocoles… Tout cela raconte finalement une seule et même histoire.

Le fil rouge n’a jamais changé.

Depuis mes premiers métiers jusqu’à aujourd’hui, ce qui me fait vibrer reste exactement la même chose : transmettre, ouvrir des portes, favoriser toujours plus d’autonomie et permettre à chacun de devenir pleinement acteur de sa propre vie avec le maximum de liberté.

Quelques mois plus tard, j’ai aussi fait un autre choix qui n’a pas été approuvé par tout le monde, notamment par le père de Merlin. Cette décision me vaudra par la suite des difficultés juridiques.

Mais j’observais que mon fils était en train de perdre sa confiance en lui. Je le voyais souffrir dans le système scolaire. Pour moi, il était hors de question de rester spectatrice.

Je l’ai donc sorti du collège.

J’avais aménagé ma Chrysler Voyager afin que nous puissions dormir, manger et vivre à bord en toute simplicité. Nous sommes d’abord partis plusieurs semaines sur les routes d’Europe. Comme Merlin était passionné par la Seconde Guerre mondiale, nous avons visité la ligne Maginot, puis Berlin, la République tchèque, l’Allemagne et la Suisse.

Quelques semaines plus tard, nous décollions pour Bangkok afin de parcourir une partie de l’Asie du Sud-Est : la Thaïlande, le Laos, le Cambodge et le Vietnam, en suivant le Mékong autant que possible.

Au fond, je ne lui offrais pas simplement un voyage. Je voulais lui transmettre quelque chose de beaucoup plus précieux : la vibration de la liberté et de l’autonomie. Si vous voulez lire nos aventures, elles sont ici sur le blog sous le nom de « Mams et merlin on the road ». Voici le premier chapitre : https://technosphere.live/2018/01/21/mams-et-merlin-on-the-road-1/

Quitter l’Éducation nationale n’a jamais signifié renoncer à transmettre. Bien au contraire. Après ma démission, j’ai voulu mettre à profit tout ce que quinze années passées auprès de la jeunesse m’avaient appris sur la communication, la motivation, la gestion des conflits, la confiance en soi et les relations humaines. C’est ainsi qu’est né Le guide essentiel de communication pour les profs – Outils concrets pour enseigner avec humanité, clarté et impact. J’y ai rassemblé des outils simples, concrets et immédiatement applicables pour aider les professeurs à créer un climat de confiance, à désamorcer les tensions et à communiquer avec davantage d’humanité. Ma page s’est tournée, mais j’avais à cœur de transmettre une dernière fois tout ce que cette expérience m’avait appris, afin que d’autres puissent, peut-être, exercer ce métier dans de meilleures conditions.

Anna ©Technosphere


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Interview de Merlin, 12 ans : bilan du voyage en Asie

Merlin, tu as passé plusieurs mois sur les routes d’Asie du sud-est. Quel sont les plus grands chocs culturel que tu as vécu ?

Les Bouddhistes qui se baladent dans les rues, les cafards géants et la chaleur.

Est-ce que la France, tes amis, la famille t’ont manqué ?

Non car il y avait tellement de choses à voir qu’on ne vit pas dans le passé.

Cite 3 spécialités culinaires que tu as adoré.

Les cafés au caramel et les rouleaux de printemps du quartier de Sam Sen Road à Bangkok et la nourriture indienne qu’on trouve partout et qui est succulente. Parfois on en avait marre des « soupes de nouilles » (un des plats principaux) car comme on est végétariens on nous les servait avec quelques végétaux. Bref, on s’est tellement régalé chez les Indiens que quand je suis rentré j’ai cuisiné un « Aloo Palak », c’est une spécialité indienne à base d’épinards, de tomates et de pommes de terre.

Cite les aliments d’Asie qui t’ont le plus surpris.

Les larves et les sauterelles en Thaïlande (franchement, ça ne me tentait pas du tout) et les mini poulpes au Vietnam que j’ai goûtés et que j’ai aimés !

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Please, do not disturb the cat ! Rencontres félines en Asie du sud-est

Quartier indien, Bangkok – Le chat jaune au noeud papillon

Marché, quartier Dusit, Bangkok – Reniflage d’aisselles

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Mams et Merlin on the road #11

Fin février – début mars 2018

Nous trouvons facilement un piroguier pour nous emmener sur l’île de laquelle il est possible d’admirer la plus grande cascade au monde. Nous l’entendons de loin. Elle nous apparaît, magistrale, dans une splendeur rare. Il paraît qu’ici se noient les mauvais esprits et je pense en avoir noyé quelques uns qui ne risquent plus de réapparaître. Tant pis pour eux, tant mieux pour nous. Comme par miracle, des balançoires pour 2 personnes n’attendent que nous juste en face de la cascade. C’est surréaliste de se balancer ainsi innocemment quand le monde part en sucette mais franchement que faire d’autre à ce moment là ? Parfois, dans la vie quotidienne, nous sommes impliqués dans tellement de préoccupations extérieures à nous mêmes que nous oublions de nous retrouver nous-mêmes et de prendre le temps pour tout. Depuis que nous sommes sur la route, il n’y a que le présent qui compte.

Au retour, chance ultime : le coucher de soleil sur le Mékong qui s’étire, calme ou fougueux parfois, toujours très beau, enfin carrément somptueux oui.

26 février

Nous suivons les précieux conseils de notre pote indien du Banana Leaf qui nous a bien aiguillés pour le passage de la frontière cambodgienne qui est pleine de pièges.

Nous sautons dans une pirogue avant 8 heures du matin afin de rejoindre la station de tuk tuk et nous arrivons dans le marché matinal où nous goûtons encore l’un de leur excellent café avec du pain (héritage colonial) et des fruits. La banque ouvre, j’échange nos 2 millions de kips contre…des dollars. Au Cambodge, c’est la monnaie la plus courante comme des voyageurs nous l’avaient expliqué. Je choppe un tuk tuk qui est d’accord pour nous déposer à la frontière. Il veut bien nous conduire à un prix normal mais souhaite patienter car il ne peut s’avancer à moins de 5 km à moins d’attendre l’heure à laquelle les policiers ne sont pas en faction. Du coup, on attend en prolongeant le petit déjeuner. Derrière le marché, au fond se trouve le stand de viande. J’ai failli vomir quand j’ai trébuché sur une machoire de buffle ensanglantée. Des pattes de poulet dans des bassines, des viscères, des morceaux gras, mous, roses, puants, disposés en montagnes recouvertes de mouches. On attend, on attend, on attend. Enfin à 10 heures, on s’asseoit dans sa machine diabolique : un scooter avec une banquette soudée à droite.

Il semble inquiet et pour cause : si la police nous voit à moins de 5 km de la frontière, il reçoit une amende de 300 000 kips, c’est à dire 30 euros, une somme énorme pour les Laotiens qui ne gagnent que 100 euros en moyenne par mois…Moi je suis confiante. Nous repassons aux waterfall énormes, nous attendons encore mais on rigole bien avec lui, nous partageons nos victuailles, je fume mon dernier tarpé car au Cambodge je ne sais pas si c’est autorisé comme au Laos. Nous repartons. Il téléphone parfois. La voie semble dégagée, libre. C’est parti pour les derniers kilomètres au Laos. J’ai une petite peine à cause de tous ces petits gosses rencontrés, et leurs parents, les papas dorloteurs, les rires, la simplicité, nous sommes presque tous les mêmes au fond, nous les humains, nous aimons nos proches, nous cajolons nos gosses, et nous tentons de survivre.

La frontière se profile, notre chauffeur regarde sans arrêt derrière.

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