Mams et Merlin on the road #10

On s’arrache de Luamp Bapang dans un bus d’un autre âge, souvent ils sont chinois et usés. La route est terrible. Des virages tortueux qui font vomir les laotiens et comme par hasard surtout notre voisine de derrière. La pauvre évacue le contenu de son estomac avec une régularité qui n’a d’égale que la fréquence des crachats du chauffeur. Nous l’aidons grâce au mélange de plantes (menthe, camphre…) acheté en Thaïlande. L’odeur fraîche nous permet de ne pas vomir nous aussi. J’imagine meme pas ce qu’ils vomissent vu la bouffe proposée avant le départ : de la peau de buffle séchée et de la weed du Mékong.

Parfois, la route se transforme en piste. Nous sommes dans les montagnes. La vue est superbe et contrebalance la dureté du voyage.

Arrivés à Vuang Vieng après le coucher du soleil, nous marchons après le pont avec les deux seuls européens du bus, Olive et Oscar car ils n’avaient aucun plan pour dormir. Par chance, deux chambres sont libres dans des cabanes au milieu d’un jardin mais la surprise sera au réveil avec une vue sur les pics calcaires de la région.

On prépare un sac à la Indiana Jones, prêts à explorer cette région karstique. Des sentiers nous mènent à une grotte étrange, on loue une lampe torche et deux enfants nous guident dans le ventre de la montagne.

La grotte est immense mais étroite. Franchement, j’ai eu peur. Merlin ne glissait pas mais moi oui…dans la glaise et sur les barreaux en bambou des échelles ajoutées ça et là afin de faciliter le passage. En plus, la chaleur était dure à supporter pour une claustrophobe comme moi. Après un temps qui m’a semblé infini, les gosses nous ont montré un petit lagon incroyablement minuscule. Ma lampe frontale ne fonctionnait pas. Je ne voyais pas où j’allais mais je suivais le gosse et Merlin comme je pouvais. Inutile de vous dire à quel point j’étais soulagée de revoir le ciel…La région regorge d’endroits comme celui-ci et après cette expérience nous avons décidé de nous téléporter davantage vers le sud. Ayant conscience de la lenteur des bus, on décide de faire escale à Vientiane, la capitale, afin de fragmenter au maximum nos déplacements. Après une bonne douche à la cabane, la chance nous sourit puisqu’un mini van s’y rendait justement…Sur la route, tout n’est que délabrement et ordures.

La capitale est laide à mourir et triste à pleurer. Certains adoooorent l’architecture coloniale, moi non, pire : je déteste les colons et tout ce qui les représente (merci la fac de Cergy, 95, yo). Les véhicules sont très chargés, j’ai été choquée de voir un petit enfant accroché dans une vilaine bassine sur un pare-choc arrière, on aurait dit un poulet en cage. Faut haïr son gosse pour l’accrocher ainsi, c’est pas possible. Le seul truc positif, c’est notre rencontre avec John, un néo-Zélandais qui est démineur et qui nous a longuement parlé de l’enfer des bombes américaines au Laos.

Au moment où j’écris, nous quittons la capitale pour Paksé, au sud du Laos, dans un bus de nuit à première vue « pas piqué des hannetons » ( 😘 Amixem). À vrai dire, on hallucine complètement avec Merlin et Tanguy, notre nouveau pote de route, un Toulousain amoureux du Vietnam. Le bus est tellement Kawaï ! Nous avons nos petites couchettes, des doubles, avec une couverture Hello Kitty. Oui Hello Kitty.

Le confort est simple et juste parfait. Merlin a encore bien bouché la climatisation mais avec du papier cette fois (je précise qu’on peut le retirer). Notre bus est le roi des bus apparemment donc on est sûrs d’arriver vivants.

Bon, je vais être claire : un bus de nuit au Laos c’est l’aventure totale. Ça tangue, non, ça retourne, ça renverse, ça vous soulève puis vous plaque au pieu. En plus, le king of bus doublait tout le monde en klaxonnant sans arrêt. À un moment, j’ai tenté les toilettes, en bas…Ils étaient inondés, la lunette par terre. Comme nous devons monter sans chaussures dans le bus, nous nous retrouvons à patauger dans la pisse et l’eau de la chasse d’eau (qui est un seau géant ouvert). Avec Merlin, on se met à chanter en russe ce qui correspond à nos moments de désespoirs relatifs. On finit par s’endormir, je ne sais grâce à quel miracle. Et plus étonnant, on se réveille quand le bus s’arrête à notre destination. Ma voisine allemande a mis ses jambes sur les miennes, dans le couloir. Le bus ressemble à un capharnaüm dégueulasse. On se retrouve dehors, dans la chaleur moite et les prémisses d’un soleil qui s’annonce torride comme Jacqueline qui attend Gérard. Dehors, en marchant vers le repaire indiqué par le démineur, nous avons la chance d’observer un tout début de journée laotienne : une très petite fille qui s’habille dans la cour d’une école puis qui passe par les grilles dans la rue tellement elle est fine. Partout, les habitants sortent des chaises ou des tabourets dans la rue afin de poser des offrandes à leurs morts, des fruits, des jus, des encens brûlants. Des poulets, des chiens nous escortent. Nous nous sentons claqués mais heureux. On s’asseoit dans une gargotte avec des locaux qui sirotent un café préparé par une femme très vieille. Et oui, pas de retraite au Laos…Certains disent que le café laotien figure parmi le meilleur au monde…Et c’est un délice en effet. Il est servi accompagné de crème sucrée et avec un verre de thé vert.

Après une journée très tranquille et étouffante de chaleur, nous décidons de partir sur le plateau des Bolavens qui est une région splendide dont une connaissance m’avait révélé quelques secrets vraiment attirants. On embarque dans un camtar pour rejoindre une coopérative de plantations de thé et de café.

Vous voyez les grains de café ?

Une plantation de café avec des ruches en arrière-plan

Ensuite, la femme qui conduit le camion nous amène à des cascades splendides mais ce qui nous aura vraiment fascinés, c’est notre rencontre avec la tribu Katou !

Comment vous expliquer à quel point c’est merveilleux de voir Merlin jouer avec les enfants du village ? La balle est une vieille tongue mais peu importe. Les rires fusent de partout et moi je les regarde avec un profond ravissement. Ils jouent à une balle aux prisonniers, les filles commandent, donnent parfois une fessée aux garçons.

Plus loin, je vois de petits enfants tous nus au milieu des poulets et des cochons. J’apprends que les gosses fument le bong (vous savez la pipe à eau avec du tabac) et que les hommes ont plusieurs femmes. On m’apprend que cette tribu est animiste, comme beaucoup de Laotiens. Ils croient qu’un esprit anime toutes choses, les cailloux, les plantes, l’eau, le feu… Moi aussi au fond j’y crois, enfin je le sens bien quand je cultive ou quand je suis dans la nature. Ils sont choquants en revanche de marier leurs petites filles dès l’âge de…8 ans. Avec un homme qui peut en avoir 40…Je ne les juge pas davantage car ce n’est pas malsain pour eux alors que nos sociétés ne protègent pas assez les enfants des pédophiles…Quand on voit la justice…Laissez moi rire…Et ces instits bizarres qui conservent leurs postes ou bien l’éducation nationale qui recrute des enseignants à pôle emploi sans vérifier leur casier judiciaire…Oui cela fait froid dans le dos.

En partant, on se baigne au pied d’une cascade, le plateau est beaucoup moins torride que la plaine en bas mais nous adorons l’eau et bien sûr nos maillots sont déjà sur nous.

On arrive le lendemain aux 4000 îles, à l’extrême sud du Laos. En face, le Cambodge. Nous prenons un petit bateau pour nous rendre sur l’île de Don Det qui rassemble plein de bungalows, je réalise que l’endroit est un énorme chill out où tous les voyageurs fatigués qui viennent de descendre le Laos viennent se reposer un peu. L’endroit est plus frais qu’à Paksé et vraiment sublime. Le Mékong est magnifique, partout des plages et des îles recouvertes de jungle. Tout respire l’indolence et le paradis terrestre. En plus, j’ai une surprise : ça sent l’herbe partout. C’est légal ici, ils la cuisinent même ! Ils font des soupes de poulet à la beu par exemple. Nous passons notre temps à écouter du bon son et à nous reposer. Nous avons eu la chance de retomber sur Moustaflex, un joyeux Toulousain rencontré à Chiang Mai en Thaïlande. Il nous présente son pote, un artiste clown. On rit, on est désoeuvré, on mange indien encore, on dort, on réécoute du bon son, on regarde les pêcheurs sur le fleuve scintillant, on se balance dans les hamacs, on rit encore…

Aujourd’hui, nous avons loué des vélos pour explorer l’île de Don Khône. C’est un sentiment étrange de pédaler dans la jungle mais les chemins sont bien praticables dans l’ensemble, exception faite de certains coins.

Nous suivons l’ancienne voie de chemin de fer construite par les français de l’Indochine. Quelle déception pour eux de réaliser qu’il leur était impossible de rejoindre le Cambodge. Le Mékong est trop grand, les îles trop éloignées pour y étendre des ponts. La fin d’un rêve. Bien fait pour leurs ambitions coloniales. Nous déjeunons sur la plage une délicieuse soupe laotienne. Nous faisons la rencontre d’une famille adorable avec laquelle nous partageons de bons moments.

À chaque coup de pédale, ça sent de plus en plus la weed mais elle n’est pas visible. Elle nous arrive par grosses bouffées généreuses dans un air tropical chaud et doux. Les rares maisons sont toutes sur pilotis. La végétation est luxuriante, abondante, variée. Mais cette odeur ! Dommage qu’il nous soit impossible de capturer et de diffuser des odeurs sur internet car je pense que vous auriez été séduits par cet endroit. Et tout autour de l’île, les rivages aussi scintillants que ceux de mon Cap Sizun. Je mesure bien cette comparaison car presque rien, jamais, n’arrive à la cheville des beautés sauvages de ce coin perdu du Finistère sud. Et pourtant ici quelque chose de semblable est palpable, dans la majesté sauvage du site, dans la simplicité des éléments, dans la puissance de la lumière.

Heureusement, Merlin a pris de l’avance au Cned car les prises ne veulent pas de notre ordi. Tout n’est que bricolage, système D, tuyaux bizarres et chasse d’eau casseroles. Les hommes bercent les bébés tandis que les femmes travaillent au champ. Dès le lever de soleil nous entendons les coqs chanter et les gens cracher. L’autre nuit, nous avons subi une attaque des plus abominables. On allait dormir quand soudain, je vois un gros mille pattes avec une pince noire aussi grande que lui se diriger tranquillement vers nous. Je cherche à le faire dégager tellement ça nous dégoûte ce genre d’intrus mais…Il déploie deux ailes, oui c’est l’enfer, il s’envole vers nous, sa grosse pince ouverte. Et pas de chance, devant notre chambre squattaient des moustiques en masse à cause de la lampe du proprio donc je ne pouvais pas ouvrir la porte car sinon Merlin se faisait dévorer. On s’est mis à hurler, je pense que toute l’île nous a entendus. Je saisis une tongue et j’arrive à l’assommer partiellement. Je finis le travail en l’exécutant. Un monstre noir je vous jure. Ici, les Laotiens bouffent les insectes. Ils dévorent les oiseaux aussi…Les seuls que nous ayons vus sont en cage : un ménate génial qui faisait le porc, le chat, le coq et un bruit électronique de jeu vidéo et les pigeons de l’Indien très sympathique chez qui nous mangeons de succulents plats indiens, au « Banana Leaf ». C’est lui qui nous a expliqué que les Laotiens mangent les oiseaux. Au final, nous avons changé de chambre car il y a beaucoup trop d’insectes juste devant le fleuve. Et nous sommes insectophobes, comme vous l’avez compris.

La chambre maudite

Ça et là flotte encore le drapeau marxiste. On se croit à une autre époque. Les Laotiens n’ont rien d’acharnés du marteau pourtant. Ils travaillent très tranquillement, tout doucement, se reposent souvent dans leurs hamacs.

Nous nous préparons à passer la frontière du Cambodge d’ici un jour ou deux, si possible sans nous faire raquetter, c’est la coutume apparemment. Les douaniers ont même mis en place une fausse visite médicale, payante bien sûr. Je mets donc actuellement un stratagème au point avec l’aide de l’Indien qu’on adore et je cherche aussi le numéro de l’Ambassadeur de France au Cambodge pour les embrouiller un maximum (si vous l’avez, merci). J’aime pas les voleurs.

À suivre 👉💗

Phrases du jour 💥: « Écrire, pourquoi ? Écrire pour qui ? Est-ce vraiment si important ? Écrire l’activité des insectes que nous sommes ! » Normand Rousseau

💥« Chacun de nous porte en lui ses propres îles, refuges contre la bêtise, la laideur et la sourde contrainte d’un ordinaire non-désiré. » Jacques Chancel

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Fariste – Récit d’aventures réelles, de Moscou à Pékin

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Mon transsibérien avec sa belle étoile rouge

Ceci est le récit de mon voyage en Transsibérien, de Moscou à Irkoutsk en Sibérie. Ensuite, je traverse le désert de Gobi pour finalement arriver à Pékin. Vous y découvrirez la vie en communauté, sur les rails, avec des étrangers mais aussi une belle histoire avec Vladimir qui me rejoindra plus tard à Paris, en stop de Moscou, puis en Bretagne. Oui, il était très amoureux ! Ce voyage m’a permis d’aller dans des lointains passionnants autant humains et culturels que géographiques. Je vous souhaite une agréable lecture.

carte

 

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Deux transsibériens

Au glorieux souvenir de la guerre froide

Je sors ma kalachnikov et tire sans crainte

Sur le ridicule et rampant capitaliste

Qui s’imagine jusqu’à ce que ça suinte

Devenir un modèle d’opulent nihiliste

Il se pavane dans ses exécrables buildings

Rutilants de verre et de fer vides sans âmes

Sans remords je lance un tonitruant fucking

À ceux qui rêvent euros dollars et dirhams.

C’est dans l’underground moscovite que je réalisai soudain que j’étais enfin en Russie. Le métro n’a pas les odeurs crasseuses de Paris, au contraire, il est particulièrement luxueux. Du reste, c’est le meilleur moyen de se déplacer à Moscou car la circulation terrestre est victime d’un trafic innommable. Il fait une chaleur suffocante. C’est l’été. Heureusement, je pourrai faire un break au mausolée de Lénine, il est climatisé, c’est mieux pour conserver un mort…

Comme pour l’Inde je crois que j’avais préparé ce voyage depuis mon enfance. Mon grand-père m’a très tôt fait le récit de sa captivité dans le pays allié des français certes, mais mon grand-père était « un malgré-nous », un de ces jeunes alsaciens pas même majeurs que l’armée allemande enrôla de force en 1940 pour aller combattre sur le front russe. Il se rendit aux Russes par refus d’un combat absurde. Il fut transporté dans le camp de Tambow à environ 450 km au sud-ouest de Moscou. Je n’ai pas jugé nécessaire de rechercher l’emplacement de ce camp. C’est plutôt les Russes et la Russie qui m’intéressaient parce qu’ils ont toujours été vivants et concrets dans mon esprit. Cette femme qui donna de la nourriture à mon grand-père, ce soldat Russe qui l’épargna, tous ces bouleaux à perte de vue, la neige qui crisse sous les pas ou le soleil qui assomme, ce sont ces bribes qui m’intimèrent presque de m’y rendre.

J’ai vaguement le sentiment que les gardiens du tombeau ouvert de Lénine sont des rescapés de l’Armée Rouge. Une chose est sûre, ils n’ont pas le sens de l’humour. Leurs visages cireux-sérieux impressionnaient à cause de l’éclairage qui les surplombaient et du couvre-chef qui projetait une ombre jusque sur leurs yeux militaires. J’hésitai, l’espace d’un quart de seconde sur la réalité de leur existence rouge et kaki. Pour Lénine, ce fut la même impression cireuse d’irréalité Thussaudienne même s’il ressemblait bien aux portraits vus dans mes livres de classe. Mais s’agissait-il réellement de son cadavre ? Une Russe me confirmera plus tard que c’est bien la dépouille de Lénine qui repose dans ce sarcophage de granit et de verre. Avant, le tombeau avait une forme pyramidale qui reflétait trois fois le visage de Lénine. Cette option stylistico-morbide a été abandonnée il y a quelques années. Bref, Lénine gît devant le Kremlin alors qu’il rêvait de reposer avec sa mère à Saint-Petersbourg. Pire, on l’avait même allongé à côté de Staline.

Un désir inouï endiablait mon visage. Je courus m’acheter quelques cannettes. Il paraît que la schizophrénie touche environ 300 000 personnes en France. Peut-être que j’en fais partie pour convoiter l’alcool avec autant de frénésie alors que je n’en ai jamais été dépendante.

J’allai au Kremlin. D’emblée je me fis siffler par un garde parce que je ne marchais pas sur le trottoir.

DISCIPLIN LEADS US !

Imaginez le bronx jovial de la place Jemaa El Fna à Marrackech. Figurez-vous exactement l’inverse et vous obtenez le Kremlin. Le cœur historico-politique de Moscou.

Les jeunes femmes russes sont très belles alors que les vieilles babouchkas traînent leur grand corps usé en m’intimidant. Elles sont vraiment balèzes. Je me suis dit que la patate était à l’origine de leur obésité. Les jeunes femmes ont un sex-appeal qui dépasse toute notre pudibonderie européenne : talons hauts, mini-jupes et rouge à lèvres cruel. Lire la suite