Mams et Merlin on the road #11

Fin février – début mars 2018

Nous trouvons facilement un piroguier pour nous emmener sur l’île de laquelle il est possible d’admirer la plus grande cascade au monde. Nous l’entendons de loin. Elle nous apparaît, magistrale, dans une splendeur rare. Il paraît qu’ici se noient les mauvais esprits et je pense en avoir noyé quelques uns qui ne risquent plus de réapparaître. Tant pis pour eux, tant mieux pour nous. Comme par miracle, des balançoires pour 2 personnes n’attendent que nous juste en face de la cascade. C’est surréaliste de se balancer ainsi innocemment quand le monde part en sucette mais franchement que faire d’autre à ce moment là ? Parfois, dans la vie quotidienne, nous sommes impliqués dans tellement de préoccupations extérieures à nous mêmes que nous oublions de nous retrouver nous-mêmes et de prendre le temps pour tout. Depuis que nous sommes sur la route, il n’y a que le présent qui compte.

Au retour, chance ultime : le coucher de soleil sur le Mékong qui s’étire, calme ou fougueux parfois, toujours très beau, enfin carrément somptueux oui.

26 février

Nous suivons les précieux conseils de notre pote indien du Banana Leaf qui nous a bien aiguillés pour le passage de la frontière cambodgienne qui est pleine de pièges.

Nous sautons dans une pirogue avant 8 heures du matin afin de rejoindre la station de tuk tuk et nous arrivons dans le marché matinal où nous goûtons encore l’un de leur excellent café avec du pain (héritage colonial) et des fruits. La banque ouvre, j’échange nos 2 millions de kips contre…des dollars. Au Cambodge, c’est la monnaie la plus courante comme des voyageurs nous l’avaient expliqué. Je choppe un tuk tuk qui est d’accord pour nous déposer à la frontière. Il veut bien nous conduire à un prix normal mais souhaite patienter car il ne peut s’avancer à moins de 5 km à moins d’attendre l’heure à laquelle les policiers ne sont pas en faction. Du coup, on attend en prolongeant le petit déjeuner. Derrière le marché, au fond se trouve le stand de viande. J’ai failli vomir quand j’ai trébuché sur une machoire de buffle ensanglantée. Des pattes de poulet dans des bassines, des viscères, des morceaux gras, mous, roses, puants, disposés en montagnes recouvertes de mouches. On attend, on attend, on attend. Enfin à 10 heures, on s’asseoit dans sa machine diabolique : un scooter avec une banquette soudée à droite.

Il semble inquiet et pour cause : si la police nous voit à moins de 5 km de la frontière, il reçoit une amende de 300 000 kips, c’est à dire 30 euros, une somme énorme pour les Laotiens qui ne gagnent que 100 euros en moyenne par mois…Moi je suis confiante. Nous repassons aux waterfall énormes, nous attendons encore mais on rigole bien avec lui, nous partageons nos victuailles, je fume mon dernier tarpé car au Cambodge je ne sais pas si c’est autorisé comme au Laos. Nous repartons. Il téléphone parfois. La voie semble dégagée, libre. C’est parti pour les derniers kilomètres au Laos. J’ai une petite peine à cause de tous ces petits gosses rencontrés, et leurs parents, les papas dorloteurs, les rires, la simplicité, nous sommes presque tous les mêmes au fond, nous les humains, nous aimons nos proches, nous cajolons nos gosses, et nous tentons de survivre.

La frontière se profile, notre chauffeur regarde sans arrêt derrière.

Ça ressemble à un film. Enfin il nous lâche. J’adore sortir ainsi avec juste un sac, Merlin pareil. On marche 500 mètres à peine et les ennuis prévus commencent : le racket de 2 dollars par personne pour obtenir le tampon de sortie du Laos sur son passeport. Je prends mon téléphone et fais semblant d’appeler l’Ambassade de France. J’explique ce qui nous arrive en évoquant bien fort la corruption. Puis on s’asseoit en face de leurs bureaux et on attend. 10 minutes plus tard, l’un d’eux me propose 1 dollar pour nous deux…J’ai pas envie d’insister davantage car ils respirent la méchanceté et j’ai envie de filer au Cambodge (normalement c’est gratuit…)

La suite est géniale, un douanier est venu nous aider à remplir les papiers d’entrée au Cambodge, nous avions un petit bureau pour nous et il a bien spécifié pour la suite « You don’t pay ». Je crois que le faux coup de fil à l’Ambassadeur aura été très utile. Et aucune fausse visite médicale telle que je le craignais…Une arnaque de plus.

Bienvenue au Royaume du Cambodge, Mams et Merlin ! Nous voilà dans un troquet où un menu crasseux nous suggère un basique fried rice with vegetables. Nous évitons la viande et cela tombe bien car nous sommes quasi végétariens à force de voir ces pauvres veaux et porcs se faire massacrer en Bretagne et à force aussi de constater les dégâts des élevages intensifs sur l’environnement.

Nous trouvons un bus pour la ville de Stung Treng car là-bas, il est possible de choisir sa destination pour n’importe quelle ville du Cambodge. Hélas, le bolide est totalement pitoyable. La fin semble proche, les vitesses ne passent plus qu’après maints patinages qui résonnent comme des cris de condamnés à mort. Soudain le bus lâche complètement et coup de bol, il rend l’âme devant la station de bus de notre destination ! On sort en nage car bien sûr la clim de fonctionnait plus, ce qui est assez dommage quand il fait 35 degrés dans une boîte de conserve. On attend allongés dans des lits en bois massif splendides. Je comprends que les tickets pour Siem Reap, la ville qui jouxte la cité archéologique d’Angkor, sont hors de prix et je crois que la guichetière, une grosse femme à la mine repoussante, tente de nous escroquer. Je décide que nous resterons pour la nuit dans cette bourgade le temps de se laver et de se reposer d’une journée déjà assez chargée avec ce passage de frontière. On sort de la station et j’entends : » Where is your guesthouse ? » Un type jovial en scooter, avec deux petits gosses en uniforme à l’arrière nous sourit magnifiquement. Je lui dis : »I don’t know ! » Comme par miracle, il me dit qu’il tient une guest house à 5 dollars la nuit. On est tout joyeux car j’ai perdu le guide de Cambodge et je me demandais justement où trouver un logement. Il ramène ses enfants puis revient nous chercher. On se retrouve avec le sac principal, celui qui contient l’ordi pété (oui Merlin l’a défoncé) devant notre sauveur, moi derrière lui et enfin Merlin derrière moi. Ok, c’est impensable en France mais ici c’est ainsi. Nous voyons des familles entières se déplacer de cette façon. Quatre adultes peuvent même monter sur un scoot en se plaçant en quinconce. Sa guest-house est chaleureuse, à son image et autre surprise, il gère aussi une agence de transports. On se retrouve génialement aidé par ce Cambodgien qui nous propose pour le lendemain une place en taxi collectif pour beaucoup moins cher que le bus. Il nous prête aussi son vélo pour explorer la ville le soir. Merlin est sur le porte-bagages et nous cherchons à nous caler l’estomac avec une bouffe locale. La mission est simpliste vu que la street food est partout. On se régale. On sympathise avec les Cambodgiens. Comme souvent, je me retrouve à faire des papouilles à un baby. Le pauvre a une tumeur énorme sur le visage et une autre sur la poitrine. Je sens la peine immense des parents. Je me retiens pour ne pas chialer sur le trottoir. On retourne pioncer mais le vélo n’a pas de lampe. Merlin place son téléphone en mode torche dans le panier à l’avant. En pédalant, on rencontre la femme de notre sauveur sur le scoot, avec trois gosses ce coup-ci. Ils nous ont escortés en checkant avec Merlin jusqu’à l’hôtel.

Le lendemain, nous partons à 7 heures du matin dans une voiture Honda avec Simon, un jeune kinésithérapeute-maraîcher qui rejoint la France après plus d’un mois en moto à travers le Cambodge. On ne pouvait rêver mieux comme rencontre pour nous refiler ses tuyaux sur ce pays. Surtout qu’il a une conscience évoluée sur tout ce qui concerne l’écologie et le voyage respectueux. Il nous brieffe sur énormément de trucs à savoir comme les meubles cambodgiens indéplaçables construits dans un seul tronc, les sirops de canne, les Chinois qui envahissent aussi ce pays et qui imposent leurs industries polluantes ou qui accélèrent la déforestation. Il les déteste encore plus que nous puisqu’il a même imaginé les exterminer au gaz moutarde, un gaz mortel…Il nous parle du niveau de vie catastrophique, des transports, de la nourriture. Moi je vois à quel point les Cambodgiens sont ingénieux pour transporter leurs marchandises, ils y a des milliers de choses tout autour d’un seul vélo ou tuk tuk ! À travers les vitres de la Honda défilent les paysages de plantations de poivre, parfois, la terre est brûlée, trop souvent la végétation souffre de la chaleur écrasante, et le sol, brûlé par les flammes…On ne peut que constater la déforestation avec le coeur lourd. Parfois nous voyons d’immenses entreprises chinoises qui exploitent le bois…Ce que nous faisions il y a 50 ans, les Chinois le font aujourd’hui…

Nous arrivons à Siem Reap environ 5 heures plus tard, une joyeuse ville, touristique mais belle. Pour une fois, j’ai réservé un hôtel plus réjouissant que nos trous habituels. À vrai dire, il est splendide avec une piscine toute bleue. Nous en profitons pour nous reposer des kilomètres avalés.

Les temples d’Angkor, l’immense cité historique, l’une des merveilles de l’humanité, sont notre objectif de découverte et le lendemain, nous trouvons un conducteur de tuk tuk qui parle anglais et qui veut bien nous emmener dans les coins les plus reculés du site, dans la jungle. Jamais nous n’avons visité de site archéologique plus étendu : environ 1000 m2 de temples moyenâgeux, de l’époque Khmère sont disséminés sur cette surface. Y aller à pied ou en vélo est donc une folie. La prestigieuse cité abritait environ 750 000 personnes ! Nous commençons quand même par les incontournables et donc le premier temple est celui d’Angkor Vat, construit au XIIème siècle par le roi Suryavarma II.

La chaleur est écrasante. Nous avançons entre les moines bouddhistes et les Chinois insupportables. La forme pyramidale d’Angkor Vat mais aussi de la plupart des temples est liée à l’hindouisme, religion qui domina Angkor pendant plusieurs siècles. Ces formes montagneuses des temples représentent le mont Meru, la demeure des dieux hindous. Les cinq sanctuaires d’Angkot Wat symbolisaient ainsi les cinq pics du mont Meru tandis que les douves disposées autour représentaient l’océan cosmique séparant le monde des Hommes de l’univers des dieux.

D’abord, les Khmers construisirent les temples en briques puis en grès et latérite. Une pierre facile à sculpter, molle presque.

Franchement, l’architecture Khmère est splendide et complexe, pas deux temples ne se ressemblent ! De plus, les influences hindouistes puis bouddhistes révèlent des différences architecturales notoires.

Les visages sculptés du temple Bayon, d’influence bouddhiste, sont une énigme. Il s’agit de tours à 4 visages, orientés vers les 4 points cardinaux. Ces visages pourraient représenter Lokeshvara, un Bodhisattna vénéré sous le règne du roi Jayavarma VII. D’autres pensent que ces visages sont ceux du roi. Nous les trouvons magnifiques, paisibles et joyeux, nous contemplant du haut de leur éternité.

Quand on s’imagine que les bâtisseurs ont amené les pierres d’une carrière située à une vingtaine de kilomètres, nous sommes encore plus abasourdis. Un travail pharaonique. Pendant quasiment 7 siècles, les rois se sont succédés à la tête de l’Empire Khmer en dirigeant depuis Angkor. Chaque règne étant considéré comme un recommencement, chaque nouveau roi faisait construire au moins un temple, repoussant davantage les limites de la ville. Autour s’agglomeraient le palais et les habitations en bois, formant une nouvelle petite cité.

Ces temples avaient une fonction religieuse mais aussi mortuaire (servir de tombeau et recevoir le corps ou le sang du roi). Certains temples étaient dédiés au père ou à la mère du roi. Enfin, beaucoup de temples étaient érigés après une victoire contre un ennemi.

C’est qui la plus forte ? La civilisation ou la nature ? 😏

Nous avons visité le temple Ta Phrom où le film Tomb Raider a été tourné mais il nous a moins ravi que d’autres, plus sauvages, et surtout moins fréquentés.

Nous avons largement préféré le temple de Ta Nei qui était en même temps une école bouddhiste.

@Anna Scheele

Dans les temples d’influence hindouistes, Merlin rit beaucoup à cause des Lingas, des sexes de Shiva positionnés dans le Yuni, le sexe féminin.

Il faut maintenant trouver un moyen d’aller vers Phnom Penh, la capitale du Royaume, qui craint un maximum niveau vols avec agressions physiques comme nous l’expliquent les Cambodgiens, donc on prépare notre cape d’invisibilité. 👻👻

Phrases du jour 💰💳 : « La question est de savoir si nous préférons être opprimés par le communisme ou exploités par le capitalisme ».

George Wolinski

« De toutes les sources d’énergie, la chaleur humaine est la moins coûteuse ».

Anonyme

À suivre 👻👺👉

Angkor
Angkor
Siem Reap

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