Mams et Merlin on the road #13

Nous quittons Kep dans un van, direction la frontière du Vietnam. La mer défile, scintillante, majestueuse. La mangrove, la jungle, ces paysages nous sourient une dernière fois pendant que le chauffeur ne cesse de klaxonner. Merlin est à l’avant, en copilote. Il aide le chauffeur à boire son thé car sinon il le renverse. Assez vite, à peine une heure après le départ, on s’arrête devant une première barrière, c’est la sortie du royaume du Cambodge. Tout le monde descend afin de faire tamponner son passeport. Un douanier tend un appareil vers nous, je comprends que cela indique notre température corporelle. Mince, je n’ai que 36 degrés…Il nous demande un dollar par personne pour cette visite médicale poussée. Je le regarde amusée et lui dit simplement : « No ». Il n’insiste pas. Encore un petit racket de frontière…Nous passons vers la zone internationale. Nous remplissons une fiche médicale vietnamienne. Avons-nous touché des animaux ? Avons-nous eu la chiasse ? Etc. Nous ‘cochons’ non à tout même si c’est faux pour les animaux mais on ne veut pas d’ennuis. Tampon vietnamien apposé. Levée de barrière. Nous voilà au Vietnam. Encore quelques kilomètres et le jeune chauffeur nous dépose à Ha Tien, toujours sur la côte. A peine arrivés, j’achète un billet de bus local pour Rach Gia car il y a une histoire de rebelle indépendantiste salement assassiné par nous les français et nous voulons en savoir davantage. En attendant le bus, Merlin se fait inviter par un groupe de vietnamiens qui déjeunait par terre. Ni une ni deux, il se retrouve avec un bol de poulpe, du concombre, des tomates. Il goûte et aime la bestiole qu’il mange avec des baguettes. Ils veillent à ce que son bol ne soit pas vide. Merlin se régale et rit avec eux. Ils lui offrent aussi un coca. Ils lui touchent la joue, le regardent avec insistance, avec joie. Ils me proposent aussi du poulpe mais on vient de s’enfiler un en-cas et je le sens pas du tout le poulpe-coca à vrai dire.

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Arrivés à Rach Gia, on se retrouve loin du centre et seules deux moto-taxis patientent à la gare routière. Complètement décomplexé, l’un d’eux se met à tâter les couilles de Merlin en riant. Il se fait pas mal pinçouiller et triturer depuis la Thaïlande mais jusqu’à présent il s’agissait de petites marques d’affection pas du tout gênantes sur le bras ou la joue. Ici, on atteint un degré de proximité…surprenant. Heureusement que Merlin n’est pas pudique, lui ça le fait rire. Moi je trouve ça obscène et je suis prête à rembarrer le gars s’il recommence. On se met d’accord sur un prix et nous revoilà avec le sac à l’avant, le driver, moi en sandwich et Merlin derrière. Chacun avec en plus un sac à dos…Je supplie ma bonne étoile de nous protéger. Il y a encore plus de deux roues que dans les pays précédents. On glisse dans une horde de scooters et de motos qui obéissent à des codes indéchiffrables. Le chauffeur ne trouve pas notre hôtel. Il s’arrête demander la route régulièrement. Enfin il nous dépose et…me demande le double du prix fixé au départ. Je déteste la fourberie et lui donne ce qui était prévu en faisant comme si je n’avais rien compris. Lire la suite

Mams et Merlin on the road #11

Fin février – début mars 2018

Nous trouvons facilement un piroguier pour nous emmener sur l’île de laquelle il est possible d’admirer la plus grande cascade au monde. Nous l’entendons de loin. Elle nous apparaît, magistrale, dans une splendeur rare. Il paraît qu’ici se noient les mauvais esprits et je pense en avoir noyé quelques uns qui ne risquent plus de réapparaître. Tant pis pour eux, tant mieux pour nous. Comme par miracle, des balançoires pour 2 personnes n’attendent que nous juste en face de la cascade. C’est surréaliste de se balancer ainsi innocemment quand le monde part en sucette mais franchement que faire d’autre à ce moment là ? Parfois, dans la vie quotidienne, nous sommes impliqués dans tellement de préoccupations extérieures à nous mêmes que nous oublions de nous retrouver nous-mêmes et de prendre le temps pour tout. Depuis que nous sommes sur la route, il n’y a que le présent qui compte.

Au retour, chance ultime : le coucher de soleil sur le Mékong qui s’étire, calme ou fougueux parfois, toujours très beau, enfin carrément somptueux oui.

26 février

Nous suivons les précieux conseils de notre pote indien du Banana Leaf qui nous a bien aiguillés pour le passage de la frontière cambodgienne qui est pleine de pièges.

Nous sautons dans une pirogue avant 8 heures du matin afin de rejoindre la station de tuk tuk et nous arrivons dans le marché matinal où nous goûtons encore l’un de leur excellent café avec du pain (héritage colonial) et des fruits. La banque ouvre, j’échange nos 2 millions de kips contre…des dollars. Au Cambodge, c’est la monnaie la plus courante comme des voyageurs nous l’avaient expliqué. Je choppe un tuk tuk qui est d’accord pour nous déposer à la frontière. Il veut bien nous conduire à un prix normal mais souhaite patienter car il ne peut s’avancer à moins de 5 km à moins d’attendre l’heure à laquelle les policiers ne sont pas en faction. Du coup, on attend en prolongeant le petit déjeuner. Derrière le marché, au fond se trouve le stand de viande. J’ai failli vomir quand j’ai trébuché sur une machoire de buffle ensanglantée. Des pattes de poulet dans des bassines, des viscères, des morceaux gras, mous, roses, puants, disposés en montagnes recouvertes de mouches. On attend, on attend, on attend. Enfin à 10 heures, on s’asseoit dans sa machine diabolique : un scooter avec une banquette soudée à droite.

Il semble inquiet et pour cause : si la police nous voit à moins de 5 km de la frontière, il reçoit une amende de 300 000 kips, c’est à dire 30 euros, une somme énorme pour les Laotiens qui ne gagnent que 100 euros en moyenne par mois…Moi je suis confiante. Nous repassons aux waterfall énormes, nous attendons encore mais on rigole bien avec lui, nous partageons nos victuailles, je fume mon dernier tarpé car au Cambodge je ne sais pas si c’est autorisé comme au Laos. Nous repartons. Il téléphone parfois. La voie semble dégagée, libre. C’est parti pour les derniers kilomètres au Laos. J’ai une petite peine à cause de tous ces petits gosses rencontrés, et leurs parents, les papas dorloteurs, les rires, la simplicité, nous sommes presque tous les mêmes au fond, nous les humains, nous aimons nos proches, nous cajolons nos gosses, et nous tentons de survivre.

La frontière se profile, notre chauffeur regarde sans arrêt derrière.

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Mams et Merlin on the water #9

Thaïlande-Laos 📰✒📷 12/16 février 2018

Passer une frontière est parfois simple, souvent complexe. Pour passer au Laos, le bus s’arrête quelques kilomètres avant, ensuite il faut prendre un tuk-tuk, trouver des dollars car les Laotiens n’acceptent que cette maudite monnaie pour payer le visa, reprendre un bus. Montrer les passeports, se faire vérifier le visage avec une caméra, remplir plein de papiers remplis de requêtes pointilleuses (numéro du bus qui nous a amenés, adresse de l’hôtel où nous irons, son téléphone, etc.). J’invente la moitié des infos car nous les ignorons, puis je les refile à nos nouveaux potes de route, un Colombien avec sa chérie Barcelonnaise et un couple de viticulteurs français du Gard, débordants de gentillesse, avec lesquels nous sommes encore aujourd’hui, le lendemain du passage de frontière. En plus, ils connaissent le Vietnam où nous irons après le Cambodge donc ils nous filent des tas de tuyaux.

Je passe à la banque du village.

« How much do you want ?

– One million please. »

Oui, vous avez bien lu, pour la première fois de ma vie je demande à retirer 1 million. Je me crois dans un film ou à la tête d’une mafia opulente de l’opium. Mais un million de kips cela ne vaut que 100 euros…On se retrouve avec une liasse improbable dans l’un des 10 pays les plus pauvres du monde. Merlin reçoit les sourires des laotiennes de son âge. Une petite obèse qui n’en finissait plus de sucer des saucisses en sucre le yeutait sans fin en lui envoyant des sourires timides. Merlin lui en renvoyait autant mais il était tellement mal à l’aise que je n’ai pas pu m’empêcher de rire dans mon sac sous la table du petit resto.

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Mams et Merlin on the road #8

Semaine du 3 au 11 février

Avant de partir de Chiang Mai en direction du triangle d’or, on se retrouve à attendre assez longtemps un bus. Heureusement, on tombe sur un café juste à côté d’un étrange temple hindou sous bâche dédié à Ganesh. Un moine bouddhiste hyper jovial reçoit des gens pour leur donner des conseils : « We never die » crie-t-il en riant. J’ai à peine le temps de me dire que je suis d’accord avec lui qu’arrive une jeune femme aux allures de princesse. Nous apprenons qu’il s’agit d’une chanteuse superstar écoutée par des millions de gens. Elle s’assoit à côté de nous, elle est très jeune, ni belle, ni laide, j’observe ses grandes lunettes rondes et la dentelle de son chemisier. Elle offre une liasse de billets à un moine, avec séance photo dans la foulée. Enfin, le bus se pointe. Pas de chance, il est pourri et l’air froid sort de l’ouverture cassée au dessus de nous. Pas de problème, le system D s’active et on fourre un gâteau pile de la bonne taille dans le conduit. Ensuite, ce furent 5 heures de fous rires pour diverses raisons et notamment nos reflets dans la vitre d’en face qui nous renvoyaient des images horribles.

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#System D

On arrive après la tombée de la nuit tout près de la frontière birmane, à Mae Sai. La ville est désertique mais on tombe sur un gars qui joue de la guitare devant son magasin, il nous appelle son fils qui nous trouve une chambre à louer pour la nuit. On est dans une pièce minuscule, les draps sont sales. On allume la télé pour voir leurs conneries et on tombe sur L’honneur des guerriers avec Morgan Freeman en thaïlandais, juste au moment où il doit se faire couper la tête…C’est drôle pour le langage et affreux en même temps. Le lendemain, on reprend la route, on s arrête dans un café, personne au comptoir. On attend, on attend encore mais on a si faim qu’on entame des cookies à vendre, on se dit qu’on le signalera au retour du gérant. Toujours personne au bout d’un bon quart d’heure. Je laisse un billet et on se remet à marcher avec nos sacs. Personne sur les trottoirs. Des grands magasins vides. Des façades délavées, laides. Ça ressemble à une post fin du monde. Une quatrième dimension. Tout semble décrépi, mort. Et juste cette longue route type Route Nationale. Je réalise que nous ne sommes pas à Mae Saï mais dans sa banlieue. On choppe un taxi collectif. Heureusement car il nous restait encore 4 km avant Mae Saï. Lire la suite