Interview du jeune Killian : un tour de Bretagne pour la cause animale : 60000 abandons chaque été en France !

« La souffrance à bicyclette est noble, car elle correspond au plein épanouissement de la volonté. » Henri Desgrange, coureur cycliste et journaliste français (1865-1940).

Madame Green a choisi d’interviewer le téméraire Killian Prigent, 22 ans, parti totalement seul depuis une semaine de la région brestoise, à vélo, pour un tour de Bretagne (un « tro breizh » comme on dit en breton). Son objectif de base est double :

  • Communiquer autour de l’abandon d’environ 60 000 animaux de compagnie chaque été en France (oui SOIXANTE MILLE chaque été et CENT MILLE PAR AN !).
  • Récolter des fonds qui seront reversés aux refuges.

Hello Killian et d’emblée bravo pour cette action très sportive de communication. Moi aussi j’adore le vélo mais partir comme cela avec une remorque en plein cagnard franchement je te tire mon chapeau ultra bas. Tu as accepté malgré ta fatigue du moment de répondre à ces questions et nous t’en remercions beaucoup.

  • Cette aventure à vélo est-elle ta première expérience de solidarité sportive ?
KILLIAN : « Non, j’ai réalisé un tour d’Europe à pied et en stop en 2018 au profit de l’association « Leucémie Espoir » afin de financer une activité sportive pour les enfants malades de l’hôpital Morvan de Brest. J’ai constaté que cette expérience de solidarité sportive était très intéressante et j’ai donc décidé de la renouveler sous une autre forme et dans un autre but. C’est un défi pour soi-même tout en donnant la possibilité pour une cause d’obtenir visibilité, communication ou finances ».
  • Un évènement particulier t’a-t-il poussé à enfourcher ton vélo ?
KILLIAN : « En effet, après le projet du tour d’Europe, j’ai organisé des conférences privées et publiques. Lors d’une conférence dans un établissement scolaire, j’ai posé la question aux élèves : “Si un jour j’ai l’occasion de refaire un projet, pour quelle cause souhaiteriez-vous que je me batte ?” La réponse majoritaire des élèves concernait la faune, la flore et les animaux. C’est pour cela que j’ai décidé de prendre contact auprès du refuge de Landerneau (29) et de rechercher le besoin exact des refuges animaliers ».
  • Comment finances-tu ce tour de la Bretagne ?
KILLIAN : « Le projet du tour de Bretagne a nécessité un apport financier de 1500 euros environ. Un tiers a été financé par des dons de partenaires. Le reste est payé par notre association « Alaste » mais j’ai aussi participé personnellement. »
  • As-tu des points de chute pour dormir et te laver ou cela se fait-il au hasard des rencontres ?
KILLIAN : » J’ai établi une cartographie en amont du projet pour déterminer les routes à prendre, les refuges partenaires, les points de sécurité où je pouvais être hébergé et les différentes zones approximatives où je dois m’arrêter le soir. Je trouve toujours un endroit où loger : soit chez des amis, des connaissances, des personnes qui se proposent sur les réseaux ou chez l’habitant (agriculteur…). Point de vue hygiène, je veille à prendre une douche chaque jour ou il m’est arrivé de prendre une douche sous un tuyau d’arrosage ! C’est le plus contraignant je dirais dans les aventures comme celles-ci. Ma trousse de toilette est équipée au minimum : savon de Marseille, brosse à dent, dentifrice, crème solaire, crème pour les douleurs musculaires, lingette à usage unique, labelo, etc. »
  • À quoi penses tu principalement lorsque tu pédales ?
KILLIAN : « Oh ! À plein de choses ! Mon cerveau n’arrête pas ! Quand je n’ai pas de difficulté à rouler, je pense un peu à tout. Mais quand je galère ou que je suis fatigué, rapidement je me demande ce que je fais là. Alors souvent, je me répète des phrases dans ma tête pour me donner du courage. Être seul, en solitaire, c’est aussi un moyen de se retrouver. »
  • Comment trouves-tu les routes de Bretagne ? Y-a-t-il assez de pistes cyclables ? Et en combien de temps par exemple as-tu parcouru Douarnenez-Quimper ? (Je pose ces questions pour les gens qui pensent vendre leur voiture et acheter un vélo, il y en a beaucoup en ce moment, dont moi !)
KILLIAN : « En vélo, ce n’est pas pareil qu’en voiture. Chaque montée peut devenir un calvaire. Après une montée, il y a forcément une descente mais l’enchainement de ces montées et descentes est très fatigant car on n’en voit jamais la fin. Les routes sont très peu plates. Pour l’état des routes, c’est plutôt raisonnable, Je n’ai pas forcément de comparatif. Cependant, le vélo étant équipé d’une remorque, chaque trou dans la route peut être un vrai danger. Ce qui m’a énormément choqué, c’est la quantité de déchets dans les bas-côtés/caniveaux. C’est scandaleux ce que jettent les automobilistes !
Sinon oui le vélo est un moyen de se déplacer peu coûteux et avec un vélo de bonne qualité, on peut faire beaucoup de route sans problème.
Pour faire Douarnenez > Quimper : j’ai mis 1h30 sachant que je traine beaucoup de poids. Pour des trajets inférieurs à 10km (pour le boulot par exemple) avec un terrain plutôt plat, le vélo est un moyen de réduire ses coûts et préserver notre planète. Pour info, j’ai croisé de nombreux cyclistes avec des vélos élec. ou à assistance électrique. »
  • Tu as créé une association en 2019 qui s’appelle « ALASTE », que signifie ce mot ? Quels sont les buts de ton association ?
KILLIAN : « Alaste est un mot qui n’existe pas. J’ai inventé ce mot pour avoir une entité propre. Cette association crée et développe des projets au profit de l’environnement, de la santé et du social. »
  • Je suis énergéticienne et je sais que les animaux ont une âme, éprouvent des émotions et ne méritent pas l’abandon comme si l’on se débarrassait d’un déchet. Quel est ton point de vue sur les animaux ? As-tu toi-même des animaux de compagnie ?
KILLIAN : « Les animaux de compagnie ont toujours eu un effet positif sur l’Homme. De nombreuses études prouvent leurs bienfaits sur le moral, le corps. Je pense que c’est important d’avoir des animaux de compagnie et d’en prendre soin mais l’Humain n’est pas toujours conscient des contraintes que cela implique. Personnellement, je n’ai pas le temps de m’occuper d’animaux donc j’ai décidé de ne pas en adopter car ils ont besoin d’amour, de tendresse, de temps, de sortir…J’ai toujours vécu avec des animaux depuis mon plus jeune âge et pour moi, ils sont un membre à part entière de la famille. Abandonner un animal est pour moi un acte de cruauté. Je pourrais comparer cela à l’abandon d’un membre de sa famille. Je ne sais pas comment les gens qui agissent de la sorte font pour se regarder dans un miroir après un tel acte.« 
  • Quel est pour l’instant, depuis ton départ il y a une semaine, ton meilleur souvenir ou ta meilleure sensation ? Quelle est la pire ?
KILLIAN : « De bons souvenirs j’en ai déjà plein. Malgré les difficultés par moments, j’ai toujours haussé la tête et avancé. À bout de forces, à cause de la fatigue, du manque de nourriture, des problèmes liés au vélo ou à la remorque, de l’inexactitude de ma destination, il m’arrivait de m’allonger dans l’herbe et de me demander ce que je faisais là. Mais cette sensation de se mettre au défi est pour moi un atout majeur dans ma vie. Le fait de perdre l’ensemble du confort habituel permet de retrouver et d’apprécier tout cela au retour. Les meilleurs moments restent la reconnaissance que les gens ont pour mon projet, pour ce que je fais et voir le sourire des bénévoles qui sont ravis de l’intérêt que je leur porte dans leur travail quotidien. Voir le sourire des gens est le meilleur moment de chaque projet que nous réalisons. »
  • Et la pire aventure ?
KILLIAN : « Dès le lundi, je roulais en direction de Douarnenez dans une descente à plus de 40km/h quand tout à coup, j’ai senti le vélo basculer sur mon côté droit. Un bruit assourdissant a retenti derrière moi et la remorque s’est dégondée. J’ai appuyé sur les freins de toutes mes forces et j’ai fini sur le vélo pendant la chute. Je ne connais pas la raison de cet incident mais ce fut un moment très dangereux. » 
  • Tu es quelqu’un qui a un grand coeur et je suis admirative, quelle est ta profession ? Je suis sûre que tu exerces un métier humaniste.
KILLIAN : « Je réalise un Bachelor Qualité sécurité environnement à Brest et j’ai des missions de sécurité et environnement dans l’entreprise Elm Leblanc du groupe Bosch. Je suis également sapeur-pompier volontaire. » [⇒ « J’en étais sûre »… Mme Green]
  • Décris-nous rapidement les étapes de ton périple, tu es parti de Guipavas, du refuge de Coataudon, L’Arche de Noé ?
KILLIAN : « Oui je suis parti le 3 août 2020 à 12H de l’Arche de Noé de Brest direction Douarnenez. Je suis arrivé à 20h. Le lendemain matin, je suis parti direction Quimper puis Quimperlé. Les jours suivant : Lorient, Auray, Josselin, puis Pontivy pour faire réparer mon vélo. Après une pause pour reprendre des forces, je repars ce lundi à partir de Saint Malo. »
  • Qu’est ce qui permettrait aux gens de ne plus abandonner leur animal ?
KILLIAN : « Il existe plein de solutions pour diminuer les abandons : communication dans les établissements scolaires dès le plus jeune âge, communication “choc” d’images d’abandon, une justice plus ferme, un meilleur traçage des animaux et de leurs propriétaires… »
  • As-tu déjà commencé à récolter des dons ? Les gens sont-ils généreux ? Et à quoi sert cet argent concrètement ?
KILLIAN : « Une cagnotte est disponible depuis le site internet https://alaste.fr/ Des dons ont déjà été reversés mais nous avons encore besoin d’autres dons pour soutenir les refuges. 100% des dons sont reversés aux associations partenaires. Les personnes soutiennent beaucoup le projet mais trop peu sont donateurs malheureusement. »
  • Quels sont les prochains projets de l’association ?
KILLIAN : « Nous allons réaliser une étude sociale sur l’abandon des animaux en 2021. Sur les autres thématiques : sensibilisation contre le cyberharcèlement, nettoyage de plages, tour de France à vélo au profit de l’environnement… »

Que de belles idées ! Nous t’envoyons nos meilleures vibrations de chance, de force et de joie pour la fin de la boucle, en espérant que les gens comprennent enfin qu’un animal ne s’abandonne pas.

⇒ Pour faire un don à l’association (loi 1901) de Killian : https://alaste.fr/

⇒ Pour suivre ses aventures, voici sa page facebook.

« La bicyclette est l’une des rares inventions humaines qui ne servent qu’au bien ».

Paul Guth, romancier français (1910-1997)

Amicalement, Madame GREEN

Ce site est volontairement sans publicités afin de garder une liberté éditoriale. Vous pouvez cependant m’encourager dans la rédaction de ces articles en faisant un DON via paypal, un grand MERCI !

 

Soutien pour l’écriture de mes articles

Merci ❤

€2,00

 

Un Alsacien prisonnier de guerre en Russie de Marcel Frédéric Weber – Récit –

Ce récit raconte la détention de mon grand-père alsacien, enrôlé de force dans l’armée allemande pendant la seconde guerre mondiale alors qu’il n’était qu’un tout jeune homme. Envoyé sur le front russe, il est fait prisonnier puis emmené dans un camp de travail, à Tambow, au sud-est de Moscou. Ce qu’il raconte est difficile bien sûr car il relate les privations, la cruauté, la bêtise sans fond de l’espèce humaine mais c’est aussi un récit de dignité et de courage qui peut parler à chacun aujourd’hui. C’est un pan de l’histoire, celui des « Malgré-Nous », ces Alsaciens, Lorrains et Luxembourgeois qui furent obligés de se battre dans le camp ennemi.

 

J’ai toujours admiré mon grand-père pour son sens de l’humour et la façon qu’il avait de se moquer gentiment des idiots. Avec lui, je me sentais toujours en sécurité, ma petite main dans la sienne, grande et chaude. Souvent il me donnait des leçons de vie. Par exemple, une fois, à Mulhouse, devant la prison, il m’a dit : « Tu vois ce mur ? Dis toi bien qu’il y a toujours un moyen de le passer… » Il m’a offert la liberté et la liberté d’esprit…Merci Marcel Frédéric Weber. Ah ! Comme j’aime son rire, son indépendance d’esprit, son courage, sa dignité, sa force, sa créativité, sa peinture merveilleuse ! Il est mort mais c’est comme s’il soufflait encore des choses à mon oreille. Par ce récit, qu’il avait lui-même écrit ( je n’ai fait que mettre en forme) il est aussi encore vivant. Que son expérience puisse donner espoir en l’humain, à l’image de ces femmes russes qui glissaient des carottes à travers les barbelés à un jeune forçat affamé…


PAPI
Mon grand-père alsacien Marcel Frédéric Weber

Je me rendis aux Russes après avoir appris que Paris était libéré grâce à un tankiste alsacien qui accédait à des informations par radio. Je me disais alors que la guerre allait bientôt se terminer. La sixième armée dont je faisais partie de façon involontaire était engagée dans de violents combats en Bessarabie (région aujourd’hui partagée entre la Moldavie et l’Ukraine). Je décidai de me protéger dans un trou et de laisser passer le déluge d’artillerie. Puis, la situation s’étant calmée, je me risquai à sortir la tête pour voir comment se présentait la situation. A cinquante mètres de moi, je vis un Russe qui lui aussi observait le champ de bataille. Il me fit signe de venir. C’était un Blanc. Habituellement, en face de nous, il y avait des Asiates. Je répondis à son signe et courus les mains en l’air jusqu’à lui. Je compris alors qu’ils étaient trois. Ils me fouillèrent sommairement puis m’envoyèrent à l’arrière où d’autres me prirent en charge. Ils braquaient constamment sur moi le canon d’un M. P. Lire la suite