Mams et Merlin on the water #9

Thaïlande-Laos 📰✒📷 12/16 février 2018

Passer une frontière est parfois simple, souvent complexe. Pour passer au Laos, le bus s’arrête quelques kilomètres avant, ensuite il faut prendre un tuk-tuk, trouver des dollars car les Laotiens n’acceptent que cette maudite monnaie pour payer le visa, reprendre un bus. Montrer les passeports, se faire vérifier le visage avec une caméra, remplir plein de papiers remplis de requêtes pointilleuses (numéro du bus qui nous a amenés, adresse de l’hôtel où nous irons, son téléphone, etc.). J’invente la moitié des infos car nous les ignorons, puis je les refile à nos nouveaux potes de route, un Colombien avec sa chérie Barcelonnaise et un couple de viticulteurs français du Gard, débordants de gentillesse, avec lesquels nous sommes encore aujourd’hui, le lendemain du passage de frontière. En plus, ils connaissent le Vietnam où nous irons après le Cambodge donc ils nous filent des tas de tuyaux.

Je passe à la banque du village.

« How much do you want ?

– One million please. »

Oui, vous avez bien lu, pour la première fois de ma vie je demande à retirer 1 million. Je me crois dans un film ou à la tête d’une mafia opulente de l’opium. Mais un million de kips cela ne vaut que 100 euros…On se retrouve avec une liasse improbable dans l’un des 10 pays les plus pauvres du monde. Merlin reçoit les sourires des laotiennes de son âge. Une petite obèse qui n’en finissait plus de sucer des saucisses en sucre le yeutait sans fin en lui envoyant des sourires timides. Merlin lui en renvoyait autant mais il était tellement mal à l’aise que je n’ai pas pu m’empêcher de rire dans mon sac sous la table du petit resto.

J’écris sur un long bateau semblable à une péniche, un « Slow boat » qui nous berce sereinement tout au long du Mékong depuis déjà 3 heures. Pour une fois, je n’ai pas la nausée. Je remercie la clémence du fleuve, mon estomac, la douceur générale qui nous englobe. L’air est chaud et notre lente descente nous procure un vent parfait. Les rives sont entourées des montagnes, de douces collines recouvertes de jungle. Parfois de petites plages de sable ou de cailloux, de jeunes bonzes qui jouent en myriades oranges.

Les chèvres, les buffles, les licornes, ah non, celles-ci sont sur les casquettes des touristes, broutent paisiblement pendant que Merlin sympathise avec deux allemandes au physique pas facile et un jeune hollandais qui voyage aussi avec son père . Ils jouent aux cartes à l’avant du bateau où l’on s’est installé.

La veille, à la ville frontière de Houessaye, nous avons dormi tout près de l’embarcadère, dans un hôtel clean mais minable : la porte défoncée avait été réparée avec du scotch brun de haut en bas, le miroir ne tenait pas, il fallait la force des 2 bras pour ouvrir le robinet de la douche et l’eau coulait sur les chiottes sauf quand elle a refusé de sortir juste au moment où j’étais pleine de savon. Bref, nous avons profité d’un grand moment de confort. Plus haut dans la rue, je suis tombée sur un sauna qui propose des massages laotiens, apparemment plus doux que le thaïlandais. J’ai souri car cela ressemble à l’un de mes projets, sauf que mon sauna sera mobile.

Au centre du bateau, de blancs bedonnants sifflent leur dixième bière en gueulant. Un profil assez typique que je trouve laid à crever. Des machinistes laotiens essayent de dormir par terre avec un masque sur la bouche. Le capitaine évite les multiples rochers qui sortent comme des incisives du fleuve. Ça et là, de tous petits villages, des femmes qui lavent le linge, les maisons sur pilotis.

Je ne comprends pas pourquoi certaines touristes se trimballent en mini-short, surtout quand leurs cuisses sont grosses et difformes. Dans un pays aussi pudique que le Laos ou dans les temples bouddhistes en Thaïlande, je trouve cela obscène. Quand elles se baissent, on aperçoit leurs poils pubiens, ça me dégoûte, me désole, me file la nausée. Parfois, les poches dépassent sous le short, ce qui ajoute à la débandade. Ce choix vestimentaire désastreux leur donne une allure bovine, à l’opposé de l’élégance, de la grâce, de la beauté sans vulgarité. Je me demande ce qu’elles recherchent. Peut-être que cela leur procure un sentiment de liberté, de puissance, peut-être souhaitent-elles s’exhiber aux yeux d’autres touristes solitaires. Il faudrait que j’envisage un sondage sur ce sujet hautement philosophique. 😂

Je lis le livre de l’Amerloc Henry Miller, A devil in paradise, ça raconte l’histoire d’un boulet sans fond qui vous squatte jusqu’à l’os et dont vous ne parvenez pas à vous débarrasser. Un abominable parasite coriace, impossible à décoller. Peu à peu, le héros se rend compte que ledit boulet est un sadique, un pédophile, un hypocondriaque galeux. Le portrait de l’homme idéal en somme.

Merlin apprend à faire un origami avec le papa solo qui est Israélien, il y arrive à la perfection. Ils s’amusent à se les envoyer. On rit. Tout va bien, nous sommes libres. À bord, tout un pannel de nationalités : des Laotiens bien sûr mais aussi une Américaine, une Hongroise qui habite à Barcelone, un Bolivien et j en oublie. Nous descendons ensemble ce fleuve mythique qui prend sa source en Chine et qui se jette dans le sud du Laos, aux 4000 îles. Nous arrêterons cette descente demain, à Luamp Bapang, plus belle ville du Laos selon certains. Nous avons dormi dans le petit village de Pakbeng, dans une chambre collée à une maison sur pilotis qui abrite au moins 15 personnes. Dès 4 heures du matin, les coqs se mettent à chanter, les bébés pleurent, les adultes jettent leur pisse par la fenêtre, se lavent les dents à la lampe frontale. Merlin dort malgré le vacarme. Il récupère facilement la fatigue des kilomètres que nous avalons. Moi aussi mais j’ai le sommeil léger comme une soldate en veille. Le bateau reprend sa direction sur le fleuve embrumé. Un responsable nous compte puis nous recompte. On hallucine discrètement car il s’y reprend à 9 fois. J’aime ces moments où mon fils et moi nous nous regardons complices, l’oeil rieur, prêts tous les deux à partir en fou-rire comme cela nous arrive si souvent. Mais nous manquons d’énergie. Tout le monde semble vanné. Les visages sont marqués, les yeux cernés, les têtes tombent de sommeil. Nous repartons pour 8 heures de descente lente, détendue, infiniment belle. L’eau est calme, les montagnes de jungle se succèdent, rondes, sensuelles et plus en plus ensoleillées. En bas, les plages nues, quelques pirogues qui attendent leurs pêcheurs, parfois de petits villages d’où l’on aperçoit les enfants rieurs et agités.

Nous nous sommes laissés bercer pendant tellement de temps que nous n’en avions plus la notion. Le sommeil nous envahissait parfois puis nous revenions à nous dans une luxuriance à peine croyable.

Notre arrivée à Luamp Bapang a lieu au moment du nouvel an chinois. Comme c’est la fête, les chambres libres sont rares et bien sûr les prix ont été multipliés par deux…Coup de chance, en négociant on nous accorde une remise énorme : la chambre d’hôtel passe de 50 dollars à…15 ! Nous nous retrouvons dans une très belle chambre toute en teck avec climatisation et boule à facettes dans les toilettes (oui le sens de la décoration semble pointu). Par hasard, on trouve un resto indien, « Le Nisha » et ni une ni deux on s’attable avec ravissement. Comment vous expliquer à quel point nous sommes heureux de manger indien ? De changer des « noodles » et du « fried rice »…Ici, des pommes de terre, du chou fleur, des tomates, des lentilles, des chapatis (du pain indien). Du thé indien, le fameux Tchaï, qui me renvoie directement en terre indienne ! Et même, des clips indiens que le tenancier nous montre sur youtube en riant.

Après presque 12 heures de sommeil, nous sortons marcher sous un soleil de plomb, il fait 34 degrés…Nous arrivons devant une école bilingue franco-laotienne, tout le monde semble joyeux, joue, crie, jardine ! Allez, on entre. Nous tombons sur un adulte qui nous explique en français qu’il est prof de maths, je lui dis que moi aussi j’étais prof de lettres et il nous autorise à faire le tour de l’école. Il faut retirer ses chaussures avant d’entrer en classe, comme dans n’importe quelle habitation en Asie. Les salles sont comme toutes celles que j’ai connues, sauf qu’il y a le ventilo au plafond. Les bureaux en bois des élèves sont énormes et tout semble usé, vieilli, chargé du passé. À un moment, de la musique a résonné dans la cour et il y a eu un exercice d’EPS. Franchement, cela ressemblait à une parade militaire, on ne savait pas s’il fallait rire ou pleurer.

Ensuite, nous avons découvert de l’artisanat local sur le bord du Mékong. Les Laotiens travaillent magnifiquement la soie mais aussi d’autres tissus qu’ils tissent et brodent différemment selon leur origine géographique. Ils fabriquent de beaux objets sculptés en corne ou en bois. Ils sont aussi doués pour créer des bijoux en or et en argent.

Leurs temples sont d’une finesse et d’une subtilité étourdissantes. Ici, le toit descend presque jusqu’au sol. Leurs offrandes sont parfois des boulettes de riz, comme ici enfoncées dans la gueule du dragon.

Soudain, on se retrouve face à un cortège funéraire, le cercueil doré à l’arrière d’un pick up, environ 8 personnes debout autour, filant à vive allure vers un temple, une musique forte accompagnant le mort dans sa dernière ligne.

En fin d’après-midi, nous arrivons par hasard au « night bazar » et sans ménagement, nos yeux horrifiés s’écarquillent sur ces alcools de riz dans lesquels baignent des serpents venimeux ou des scorpions. Il s’agit d’une tradition vietnamienne ancienne qui s’est répandue en Asie du sud-est et dans le sud de la Chine. Une croyance prête au venin des qualités médicinales pour soigner l’hypermétropie, la chute de cheveux, l’impuissance, et que sais-je encore.

Plus loin, nous tombons en extase gravitationnelle devant ce gâteau ultra kitch, sûrement bien prémédité dans sa conception et qui ravirait plus d’un Breton alcoolo. Ici l’alcool est un tel fléau que l’état a décrété un couvre-feu à 23 heures. Oui, comme ce chiffre qui me poursuit sans arrêt depuis 2 ans. Plus personne ne doit circuler dans la rue sinon forte amende assurée… Nous avons revu nos potes viticulteurs au bazar alors que je venais juste d’en avoir l’intuition. En papotant avec « la belle Cécile » (cf. les têtes à claques) et son amoureux qui revenaient en vélo d’un village voisin, nous avons appris qu’ils n’avaient rencontré que des toxicomanes (opiacés) et des alcooliques.

J’apprends que le Laos est dirigé par un parti unique depuis la révolution de 1975, le drapeau communiste russe de la faucille et du marteau flotte partout et les gens qui critiquent le pouvoir politique sont jetés en prison. Toute la presse et les télévisions nationales sont sous contrôle. Je réalise par ces drapeaux communistes que le Laos a dû haïr les Américains qui n’ont cessé de la bombarder, toutes les 8 minutes pendant 9 ans, afin de détruire la piste Ho Chi Minh qui aurait permis au Vietnam de se ravitailler. Aujourd’hui des milliers de bombes à fragmentation sont dans le sol, prêtes à exploser. Ainsi, les laotiens ne peuvent cultiver tous leurs sols. On ne compte plus les blessés, les estropiés et les morts à cause des amerlocs.

Ici à Luamp Bapang, nous observons près des temples de splendides pirogues sculptées dans un seul tronc, un guide répétait à de vieux touristes édentés : « Le bois est le Ken, Ken, Ken » il ajoutait : « Un bois dur, dur, Ken ». Avec Merlin, nous avons dû nous retourner pour rire tranquillement… Le palais du roi du Laos a été construit début XXème et abrite un Bouddha d’or mais il paraît que c’est un faux tellement les Laotiens ont peur de se le faire piquer. Conclusion, le vrai est bien planqué ailleurs et nous avons choisi de ne pas faire la queue pour le voir.

Nous décidons de descendre vers le sud du pays, sans tarder davantage sur les rives du Mékong. Direction la gare routière sud en tuk tuk pour la ville de Vang Vieng qui est entourée de montagnes calcaires et de grottes.

Phrase du jour : « Les drogues sont une perte de temps. Elles détruisent ton amour-propre et tout ce qui va avec l’estime de soi. Elles ne sont pas bonnes du tout. » (Kurt Cobain).

À suivre 🙋👀

5 réflexions au sujet de « Mams et Merlin on the water #9 »

    1. Merci Marco ☺☺☺
      On en bave au Laos sur les routes affreuses et je suis désolée je ne peux pas faire de mise en page car l’ordinateur ne fonctionne pas dans ce pays, même à Vientiane, la capitale ! (donc j’écris sur mon téléphone ! ☺ ) Gros bisous et très sympa tes encouragements. Moi ce sont tes photos qui me ravissent et me font voyager. A bientôt ok !

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